Le regard des officiels

Le regard des officiels

Ce livre blanc est destiné à partager une initiative commune de l’AP-HP et du CHU de Nantes, originale par rapport aux démarches habituelles des hôpitaux publics français.

L’AP-HP et le CHU de Nantes ont en commun d’avoir à ouvrir trois nouveaux hôpitaux universitaires, dont la réussite est stratégique pour leur avenir. Trois projets importants, qui à eux trois, représentent environ deux milliards d’euros d’investissement public, en incluant les services de soin, d’enseignement et de recherche.

Trois projets qui mettront une dizaine d’années pour se réaliser et qui devront rendre service à la population, être attractifs pour les médecins comme pour les patients pendant de longues décennies.

La hantise des responsables hospitaliers est de réaliser des investissements, parfaitement conçus à la lumière du fonctionnement d’aujourd’hui, mais déjà dépassés peu de temps après leur mise en service, ou incapables de supporter les évolutions que connaîtra la médecine au cours de leur existence.

Ces évolutions, parfois ces révolutions, proviennent notamment des innovations technologiques qui se produiront. Plutôt que de subir ces innovations et de ne pas savoir comment les intégrer a posteriori, nous avons donc décidé d’aller au-devant des innovations à venir et de construire nos projets à partir de ces innovations.

C’est le sens de l’appel à manifestation d’intérêt que nous avons réalisé, à un stade précoce de notre processus. Pas une fois que l’hôpital est en fonctionnement, pas même au stade où il est construit, mais au moment où nous travaillons sur sa conception même. Les innovations ne sont pas ce qu’on ajoute sur un cadre rigide. Elles sont le matériau de base avec lequel nous construisons l’hôpital du futur.

Le principe est donc d’aller à la source et de proposer aux entreprises innovantes, petites ou grandes, de pouvoir participer à l’invention de l’hôpital du futur, non pas comme un passager clandestin, mais comme un acteur à part entière. Il s’agit donc de co-innover, plutôt que d’avoir à parier sur la compatibilité entre un projet hospitalier, construit de son côté, et des innovations, qui n’auraient pas pu être testées à l’aune de la réalité d’un processus de création d’un nouvel hôpital.

Dans des hôpitaux tels que nous les connaissons, bâtis avant la révolution numérique, l’introduction de la digitalisation est parfois un casse-tête. Dans les hôpitaux du futur, post révolution numérique, nous sommes persuadés que la digitalisation intelligente pourra résoudre des problèmes que nous pensions jusqu’à présent sans solution abordable. La manière de travailler, la manière d’interagir avec les patients, la manière de prendre en compte les questions de sécurité, de qualité, de performance, la manière de transmettre les savoirs, tout cela sera profondément transformé par l’intégration de technologies digitales, non pas ajoutées à des processus classiques mais intégrées au cœur de ces processus.

Souvent, les entreprises innovantes nous disent qu’elles ont du mal à franchir les murailles de la forteresse hospitalière : entre les contraintes de l’existant, celles des procédures et celles des  habitudes, elles ont du mal à percer. Et rien de plus rageant que de les voir trouver plus facilement leur chemin dans d’autres pays où la voie est moins étroite et les obstacles moins hauts. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de les contacter avant même que les murs soient construits et de leur donner l’occasion de faire leurs preuves et de nous convaincre de la pertinence des solutions qu’elles proposent. Cette démarche originale a eu un écho fort, dont nous nous réjouissons. Nous nous attendions à quelques dizaines de réponses.

Nous en avons compté près de 400. Nous avons trouvé une grande diversité de propositions et une grande variété d’entreprises désireuses de participer à cette démarche.

Pour choisir les projets lauréats nous avons demandé à des médecins, qui ont participé à concevoir le projet médical de ces hôpitaux et à des patients, qui auront à les utiliser, de se constituer en jury : qui mieux qu’eux pouvaient définir les besoins prioritaires ? Nous les remercions pour le travail minutieux qui a été réalisé.

Le plus dur reste à faire : pour les lauréats, de montrer que leurs projets sont à la hauteur des espoirs qui ont conduit à les retenir. Pour les établissements hospitaliers, de mettre en œuvre un partenariat, un accompagnement permettant d’en tirer le meilleur parti. S’agissant d’une procédure originale, le chemin n’est pas parfaitement balisé à l’avance. Il n’y aura pas qu’une seule réponse, mais des réponses adaptées à la nature de chacune de ces innovations et au modèle économique qu’il faudra inventer.

C’est maintenant au tour des juristes, des économistes et des ingénieurs de rejoindre les médecins et les patients pour construire les nouvelles étapes. Nul doute que nous les réussirons. L’enjeu est de taille. Il s’agit bien sûr de réussir ces hôpitaux et de montrer que notre pays sait concevoir, pour la médecine d’excellence, les établissements les plus innovants. Il s’agit également de montrer qu’entre des hôpitaux publics et des entreprises privées, il est possible de faire avancer, ensemble, l’innovation dans l’intérêt des patients et de créer beaucoup plus de valeur dans une démarche de co-innovation que lorsque les voies sont parallèles.

Nous souhaitons pouvoir reproduire cette expérience, l’étendre à d’autres domaines et ainsi donner un nouveau visage à nos hôpitaux, accélérer nos transformations, améliorer nos performances et donner le meilleur au patient.

Je remercie la Banque Publique d’Investissement de s’être associée à cette initiative, les équipes qui ont conçu cet appel à manifestation d’intérêt, les acteurs qui s’investiront dans les phases de concrétisation et les entreprises et organisations qui ont, donc, manifesté leur intérêt pour être au cœur de l’hôpital du futur.

L’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et le Centre Hospitalier Universitaire de Nantes portent actuellement des opérations immobilières hospitalières parmi les plus importantes de France.

C’est à la fois une chance, celle d’imaginer l’hôpital de demain, mieux adapté à l’évolution des prises en charge médicales, et une responsabilité, celle de saisir la transformation actuelle de nos structures notamment sur le plan technologique et digital. Sous l’impulsion de Martin Hirsch, l’AP-HP s’est déjà inscrite dans cette dynamique. A Nantes également, nous avons, avec l’ensemble de la communauté hospitalière, engagé une réflexion pour imaginer un nouveau modèle hospitalier.

La construction du nouvel hôpital sur l’Île de Nantes est l’opportunité unique de bâtir, au cœur de l’agglomération, un campus hospitalo-universitaire associant le soin, l’enseignement et la recherche, et répondant aux ambitions de la médecine de demain. Ce projet repose sur une conviction forte : la nécessité d’associer humanité et technicité. C’est pourquoi il est pensé comme devant contribuer au bien-être des patients et à la qualité de vie au travail des professionnels en anticipant les technologies à venir.

Attentif à l’expérience du patient, il offrira au plus grand nombre les derniers standards hôteliers et des services aux patients permettant de faciliter leur quotidien. A travers cette approche innovante, il reste fidèle à ses valeurs de service public hospitalier et cherche, plus que jamais, à inscrire dans ses murs l’esprit « d’hospitalité universelle » qu’il a toujours porté.

Ainsi, dès l’origine du projet, c’est un hôpital « intelligent » qui a été imaginé, intégrant les dernières technologies digitales, pour échanger facilement avec son territoire, ses patients et ses partenaires. Il s’attachera également à préserver la fonctionnalité du bâti en offrant des performances énergétiques remarquables et des processus logistiques et techniques automatisés plus performants.

Actuellement au stade des études d’avant-projet définitif, le CHU de Nantes mise sur la co-construction pour imaginer ce nouvel hôpital. Aussi, 65 groupes de travail pluri-professionnels – intégrant médecins, soignants, professionnels techniques, administratifs, représentants des usagers et des personnels – analysent le projet pour identifier les besoins d’innovation.

Dans cette réflexion, la question du numérique est centrale et les attentes de la communauté hospitalière nombreuses. Pour imaginer ces évolutions futures, il était indispensable de faire appel

à des spécialistes ; à ceux qui, quel que soit leur domaine d’activité, créent les technologies de demain.

Avec l’appel à manifestation d’intérêt dédié à l’« hôpital numérique du futur », nous avons souhaité ouvrir le champ des possibles pour améliorer le parcours patient, les conditions de travail des professionnels ou l’architecture de l’hôpital. C’est pourquoi nous avons notamment retenu trois thèmes qui nous semblaient indissociables : celui de « l’expérience patient », de « l’expérience des professionnels » et de « l’hôpital intelligent » qui ont recueilli la grande majorité des contributions et qui correspondent aux projets sélectionnés par le jury.

Cette démarche d’AMI était, en elle-même, innovante dans le secteur hospitalier. Les résultats ont dépassé notre espérance tant par le nombre de contributions, près de 400, que par la diversité des entreprises ayant répondu et des projets présentés. Innovantes, créatives et disruptives, les idées proposées vont du transport logistique par drônes ou droïdes à la création d’un « avatar numérique de l’hôpital » lui permettant d’évoluer en continu ou encore à l’utilisation de la réalité virtuelle au service du bienêtre des patients. Leur pertinence fait de l’AMI un pari pleinement réussi !

Avec lui, nous préparons l’avenir. C’est indispensable au regard de la rapidité d’évolution des technologies, et des innovations remarquables déjà présentes dans nos établissements. Ainsi, à

Nantes, nos équipes parviennent à faire piloter un drône par la pensée, ce qui laisse entrevoir la révolution médicale à venir et les espoirs permis notamment dans la prise en charge du handicap.

De même, Maya et Scopi sont des robots coursiers bien connus de nos professionnels. Au-delà de la technique, c’est une évolution organisationnelle qu’il faut penser en appui de leur action. L’AMI nous permet donc d’anticiper ce que sera demain pour que notre architecture et nos organisations puissent s’y adapter.

Je tiens à vous remercier tous, professionnels, représentants des usagers et entrepreneurs, d’avoir répondu présents pour cette expérience nouvelle. Par la lecture de ce livre blanc, j’espère que vous percevrez toute la richesse de l’innovation en santé et que cela vous donnera envie de poursuivre cette aventure qui ne fait que commencer.

Quelle chance !

Merci à tous les contributeurs d’avoir accepté de nous montrer ce que sont leur vision et leurs solutions du futur. Nous avons eu avec ce jury la chance d’analyser, de découvrir et, nous l’espérons, de faire révéler à beaucoup des projets extraordinaires. Ces projets qui nous ont été présentés dessinent certes l’hôpital du futur mais également, dans une optique plus large, la santé du futur. Nous avons eu la chance d’avoir des contributions de toutes sortes, de grandes, moyennes et petites entreprises, de centres de recherche et d’individus innovants. Les contributions sont également venues, et cela a été une surprise, des quatre coins du monde, de l’Amérique à l’Asie en passant bien sûr par l’Europe.

Cet ensemble de 388 contributions dessine la façon dont nous, patients, serons traités, la façon dont nous bénéficierons d’une prévention efficace, la façon dont l’hôpital de demain fonctionnera, la façon dont les liens entre les différents acteurs médicaux et sociaux fonctionneront. À tous ceux qui n’ont pas été choisis, il convient de dire que nous sommes conscients du caractère partiellement subjectif des choix. Nous espérons, mais nous n’en avons pas la certitude, ne pas être passés à côté d’une ou plusieurs pépites. L’avenir nous le dira.

C’est une banalité de constater que nous sommes à l’aune de la révolution numérique. Toutefois, quand nous regardons nos organisations et nos architectures hospitalières, nous mesurons à quel point le chemin vers l’intégration des différents éléments de cette révolution est long, difficile et terriblement ambitieux.

Les questions principales qui vont se poser sont multiples : comment intégrer dans le domaine du soin les améliorations, les transformations et peut-être les révolutions que nous vivons au quotidien dans nos vies ? Quelles sont les spécificités de nos métiers dont il faut tenir compte dans le champ du numérique ? En quoi les transformations numériques nous permettront-elles de nous concentrer sur l’essentiel, c’est à dire l’accompagnement des patients et l’attention portée à autrui, qu’il soit patient ou compagnon de travail ? Comment l’accumulation des données nous permettra-t-elle, dans le respect de la confidentialité, des analyses pertinentes pour répondre à des ambitions aussi différentes que l’amélioration des organisations, la recherche sur le cancer ou l’adaptation intelligente des traitements ?

En prenant cette initiative, l’AP-HP et le CHU de Nantes tentent de construire, avec l’apport des contributeurs, les meilleurs hôpitaux possibles en prenant en compte la demande légitime des patients, les nécessaires contraintes financières, l’évolution des pratiques médicales et chirurgicales.

Il nous tarde de travailler les projets qui nous ont été présentés. Il nous tarde d’expérimenter les solutions innovantes. Il nous tarde d’entrer dans ces nouveaux bâtiments dont l’intelligence nous permettra d’être plus efficaces et de rendre le meilleur service à nos populations. Il nous tarde de croiser des droïdes, des robots et des véhicules autonomes. Il nous tarde de voir s’afficher sur nos

smartphones les applications qui vont permettre une meilleure information, une meilleure communication ou une réalité virtuelle qui viendrait au secours du réel.

La seule conclusion possible, après la chance d’avoir eu à conduire ce jury qu’il me faut remercier pour sa gentillesse, sa compétence et son engagement, c’est vive aujourd’hui et vivement demain !

Marie Citrini, Représentante de la Commission centrale de concertation avec les usagers, AP-HP et Elisabeth Diridollou, Représentante des usagers, association UDAF, CHU de Nantes

Il serait bien aise de savoir quel sera le monde de la santé dans les quinze prochaines années et encore plus, de savoir ce que les personnes malades qui iront à l’hôpital en attendront : une prise en charge ambulatoire ? Une technologie innovante et performante ? Une hospitalité qui ferait ressembler un hôpital à un hôtel étoilé ? Une e-technologie qui rendrait la personne malade plus spécialisée que le meilleur des spécialistes hospitaliers ? Des innovations qui rendraient la personne hospitalisée, objet ?

Toutes ces questions témoignent de la nécessité que nous avons eu, de participer à la réflexion menée dans le cadre des trois projets hospitalo-universitaires : le Campus hospitalo-universitaire Grand Paris-Nord, le nouveau Lariboisière et le nouveau CHU de Nantes.

C’est pour nous, représentants des usagers, l’occasion d’une réflexion anticipée sur les attentes et besoins des professionnels et des usagers de l’hôpital de demain.

À défaut de savoir avec exactitude ce qu’il conviendrait de trouver dans l’hôpital numérique du futur, nous connaissons ce qui fait défaut aujourd’hui. C’est en s’appuyant sur cela que nous avons construit notre réflexion.

L’hôpital de demain sera un lieu ouvert sur la ville, adapté à toutes les avancées technologiques qui iront dans le sens d’une amélioration de la prise en charge et du soin du patient tant au sein de l’établissement hospitalier qu’à son retour à domicile. La médecine ambulatoire de plus en plus favorisée ne présentera un véritable bénéfice pour le patient que s’il existe de véritables moyens pour accompagner ce retour. Il aura la capacité de communiquer, en amont comme en aval des prises en charge, avec les patients, leurs proches et tous les professionnels de santé en ville. Il travaillera avec des professionnels de santé en capacité d’apprendre de leurs patients chroniques et acceptant d’introduire dans leur prise en charge ce qui ne relève pas de l’enseignement purement universitaire : c’est le « savoir expérientiel ». Il tendra à rendre le patient plus acteur en proposant et développant de l’éducation à la santé par le biais de programmes thérapeutiques ou de programmes de prévention non culpabilisants. Il devra apporter une attention toute particulière sur la gestion des données personnelles des patients. Il permettra enfin aux patients de bénéficier de toutes les dernières innovations thérapeutiques et technologiques.

L’Appel à manifestation d’intérêt et les projets retenus devront permettre d’apporter des réponses adaptées à notre représentation de l’hôpital du futur. Nous ne pouvons qu’adhérer à cette  démarche.

L’innovation numérique a toute sa place au sein de l’hôpital de demain mais pas à n’importe quel prix : ces projets ne deviendront des progrès qu’à condition que la dimension humaine ne souffre pas de l’implantation croissante des nouvelles technologies. Cela devra être vécu comme une complémentarité.

Le nombre et la qualité des projets proposés ne nous ont pas facilité la tâche quand il a fallu faire des choix. Au titre de représentants des usagers, notre attention a été particulièrement portée sur plusieurs contributions :

  • Le lit connecté, permettant au patient de ne pas être systématiquement dérangé pour la prise de certaines constantes (température, chute, agitation…), qui seront directement signalées aux équipes, dégageant ainsi du temps pour mieux accomplir des tâches plus importantes ;
  • Les lunettes projetant des images virtuelles apaisantes, que l’on peut imaginer servir à différents moments en fonction des parcours des patients ;
  • Des applications sur smartphones, permettant à la personne malade de préparer son hospitalisation en amont, de se mouvoir dans l’hôpital, de planifier ses rencontres et ses examens mais aussi, d’être en lien direct avec le soignant en communiquant ses données biomédicales, facilitant la prise en charge au-delà des murs de l’hôpital ;
  • Enfin, un outil qui permette de créer un réseau bio-social (aidants, famille, professionnels) destiné à accompagner le patient à son domicile et ainsi lui assurer un retour apaisé et sécurisé évitant des ré-hospitalisations inutiles.

La force de cet AMI réside dans sa créativité, son imagination et sa volonté à créer un monde de la santé du futur, prenant en compte et améliorant le bien-être des professionnels ainsi que la prise en charge des personnes malades.

En tant que représentants des usagers, nous avons gardé à l’esprit que nos choix devaient être guidés par le souci d’apporter des solutions qui améliorent la prise en charge et le parcours de santé des usagers au sein de l’établissement ainsi qu’à sa sortie en retenant des solutions pérennes, pratiques et innovantes qui n’appauvrissent pas le lien indispensable entre l’usager et l’ensemble du personnel hospitalier. Ce lien est, à notre sens, une partie non négligeable de la réussite de la prise en charge initiale. Enfin, il n’est pas inutile de rappeler ici, que le citoyen-bénévole aura toujours à jouer son rôle de veilleur d’alerte, d’informateur, de facilitateur, de médiateur entre l’ensemble du personnel et l’usager.